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DECOUVRIR sur place (Amiens métropole)

Bienvenue sur le parvis de la cathédrale

La nuit vient de tomber...
" La haute façade ciselée de la cathédrale d'Amiens domine le parvis de son ombre magistrale, teintée d'un gris bleu mouvant où semblent glisser des nuages.
Et, peu à peu, sous la grande rosace, les trois portails s'éclairent d'un foisonnement polychrome. Quarante-cinq minutes de magie"
Magazine Détours, décembre 2001 

Voici comment tout a commencé
Quand la ville était constituée de maisons basses et n'était alors qu'une ville horizontale, la hauteur vertigineuse de cette cathédrale, fabuleuse prouesse technique due au génie des bâtisseurs, s'imposait à tous.
Dans l'obscurité médiévale, l'absence d'éclairage public rendait sa silhouette encore plus grandiose sur le ciel clair des nuits de pleine lune, tandis que ses portails polychromés, éclairés de l'intérieur, luisaient d'un étonnant éclat.
À cette époque, dès l'achèvement de notre cathédrale, les sculptures peintes de couleurs vives donnent aux trois principaux portails un aspect éclatant que l'on a peine à imaginer.

Car ce n'est qu'à partir de 1992, lorsque le ministère de la Culture, à la demande et avec la ville d'Amiens, engage un chantier de restauration exemplaire, qui donnera au laser ses lettres de noblesse, que ces polychromies, sans doute négligées depuis le XVIe siècle, sont à nouveau révélées.

Dès lors, en 1994, les collectivités territoriales et l'État unissent leurs efforts pour apporter aux restaurateurs les moyens nécessaires à la renaissance de cette façade en un délai fixé à six ans.

De la palette employée par les peintres du Moyen-ge, les rouges, les bleus, les roses... et même les ors, autrefois étincelants comme des enluminures de manuscrits, sont encore en partie visibles à la lumière de l'après-midi.

Pour restituer, grâce à la magie de la lumière, la splendeur de ces uvres autrefois colorées, la société Skertzò a exploité l'inventaire des couleurs découvertes par les restaurateurs au fur et à mesure du chantier.
Aux informations scientifiques concernant le portail de la Mère Dieu sont venues s'ajouter celles du portail du Beau Dieu.

Ici, la plus grande des cathédrales gothiques du monde s'ouvre sur la ville, du côté de l'ouest, par une façade à deux tours, montées en encorbellement sur quatre puissants contreforts. C'est eux qui donnent à l'ensemble de la nef sa stabilité. Massifs à la base, ils offrent par leur épaisseur l'espace où se déploient nos trois portails. Leur face externe se dérobe derrière les statues des Petits Prophètes, assemblées par groupes de trois, dont le défilé semble unir l'un à l'autre les trois porches, pour annoncer la venue du Messie.
Celui de droite, appelé depuis toujours par les Amiénois, le portail de la Mère Dieu, est dédié à la Vierge, présente au trumeau, entre les deux portes. Ses voûtes portent encore la marque des lampes à huile destinées à faire rayonner dans la nuit médiévale ce magnifique oratoire.

Telle une invitation à franchir le seuil de l'édifice, les ébrasements présentent un ensemble de statues monumentales, qui répondent aux Petits Prophètes. Vous pourrez y reconnaître d'un côté l'Annonciation, la Visitation et la Présentation au Temple, tandis que de l'autre, se succèdent la visite de la Reine de Saba au Roi Salomon et celle des Mages à Hérode. Sous les trois cordons de voussures, qui portent des anges et les ancêtres de la Vierge, le tympan occupe une place essentielle. Il est orné des scènes de la Dormition, de l'Assomption et du Couronnement.

Au centre, le portail du Beau Dieu est dédié au Sauveur. Au trumeau, le Christ est reconnaissable à son geste de bénédiction. Il occupe ainsi, parmi les grandes statues monumentales, la place centrale du cortège des Apôtres et des Grands Prophètes, au-dessus d'un soubassement enrichi de quadrilobes. Vous y retrouverez, sous les disciples du Christ, les vertus et les vices, et notamment sous saint Pierre le courage et la lâcheté.
Le Jugement Dernier du tympan, scène largement représentée aux portails des églises médiévales, se déploie sur quatre registres pour exhorter et promettre l'espérance.
Saint Michel assure la pesée des âmes au premier niveau, entre les ressuscités qui sortent des tombeaux. Au-dessus, le partage est accompli. Les élus, encore vêtus, se dirigent à gauche vers le Paradis, et les damnés, dans une nudité infamante, se dirigent quant à eux à droite vers l'Enfer, dans la gueule béante du Léviathan.

Au troisième registre, entouré des instruments de la Passion, trône le Christ juge, présenté comme au calvaire, entre la Vierge et saint Jean. Enfin, dominant l'ensemble, le Christ de l'Apocalypse émerge des nuées et culmine au tympan.

À gauche, enfin, le portail du nord est, quant à lui, consacré aux saints du diocèse. Il est dédié à saint Firmin, considéré comme le premier évêque d'Amiens. Il se dresse au centre. Au niveau du soubassement, deux rangs de quadrilobes se superposent et figurent les signes du Zodiaque et les activités des mois correspondants, dans une sorte de calendrier picard. Les ébrasements présentent 12 personnages parmi lesquels la tradition reconnaît des saints et des saintes de la région, dont les reliques étaient conservées à la cathédrale. Vous y reconnaîtrez saint Ache et saint Acheul, qui portent leur tête entre leurs mains. Au tympan, au-dessus de six évêques assis au linteau, les scènes relatent la translation des reliques de saint Firmin de l'abbaye de Saint-Acheul jusqu'à la cathédrale.

La statuaire de cet ensemble fut la dernière étape d'une restauration en tous points remarquable. Les experts travaillent encore au catalogue des couleurs. C'est donc une proposition de restitution qui vous est livrée ce soir.

Ce soir, où cette cathédrale gothique épargnée par le temps et les troubles révolutionnaires, témoigne, pour l'ensemble des cathédrales, d'une révélation unique de ses polychromies. Alors que sa grandeur a protégé par delà les siècles une statuaire parvenue intacte jusqu'à nous, la façade se dresse, unique au monde, tel un fanal brillant retrouvé.

Texte lu pendant le spectacle jusqu'à l'hiver 2005 

- Promenade virtuelle dans la cathédrale

- Quelques photos